Les sons du Sud

« Âme joyeuse et fière et vive
Qui hennis dans le bruit du Rhône et de son venti (…)
Je t’appelle ! incarne-toi dans mes vers provençaux! »
Frédéric Mistral

« Moi, le Mistral, je l’aime bien,
alors que votre TGV, j’en ai rien à f… !
» Anonyme de la vallée du Rhône

paysage marseille

En dehors des clichés éculés – « Nos filles sont brunes et l’on parle un peu fort »-, il existe de vraies différences d’ambiances sonores et surtout, des manières de les appréhender, entre régions septentrionales ou méridionales.
Le climat, la faune, la flore, les habitudes culturelles induisent des comportements différents et des manières d’habiter forcément différentes qui influent sur les paysages sonores en fonction des régions et sur le ressenti des habitants.

Lors d’une réunion publique de présentation d’étude d’impact, pour la création de la ligne TGV Lyon- Marseille (ça date des années 90, mais toujours d’actualité, j’en suis sûr !), un riverain du projet s’inquiétait des nuisances sonores que la LGV allait lui apporter. Le représentant de SNCF tenta de le rassurer en comparant le bruit qu’il allait percevoir à celui du vent : « Votre maison est assez éloignée ; vous n’entendrez pas plus le TGV que le Mistral… ». Ce à quoi l’homme lui répondit (avé l’accent, bien sûr) :
« C’est possible, mais moi, le Mistral, je l’aime bien, alors que votre TGV, j’en ai rien à foutre ! »

C’est ainsi que l’on perçoit les sons (le bruit est un son qu’on ne veut pas entendre… ) ; s’ils viennent perturber notre environnement sonore habituel, on y sera bien plus sensible qu’un son – même plus fort- qui nous est familier.

L’architecte écossais Duncan Lewis intervenant au salon Architect@work à Marseille, dit qu’il faut composer l’architecture à partir de ce qu’on perçoit du lieu, à partir du vécu du site et de ceux qui l’habitent.

Il dit aussi qu’il aime bien « un petit peu de bordel », et même s’il illustre son propos par un dessin d’une table encombrée d’assiettes, verres et couverts en désordre, moi j’entends aussi par là qu’il faut faire avec les ambiances sonores pré-éxistantes : on ne construit pas de la même façon en rase campagne avec un bruit de fond nocturne hivernal dépassant à peine les 20 dB, qu’en bordure de périphérique. Et pourtant un plan- comme un dessin- ne fait pas de bruit (à quand le BIM sonorisé ?) ; il faut donc se représenter ce qu’est un niveau de bruit ambiant de 60 dB(A) (c’est plus ou moins que le Mistral ?) à partir des chiffres en décibel fournis par l’acousticien, ou, plus visuelle, de la cartographie sonore du site ou du standard téléphonique (Vert ça va, mais rouge, bonjour les dégâts pour l’oreille ! Et orange alors ? Ça passe quand même ?).

Le vent, le ressac des vagues sur la côte, et bien sûr… les cigales ! Tout cela compose un paysage sonore typique méditerranéen, mais, qu’en est-il en ville : la Canebière est-elle plus ou moins bruyante que les Champs Elysées ?

Le bruit du vent, parlons-en : on doit baser les niveaux de bruits admissibles émis par une future installation (une discothèque, une salle polyvalente, ou les équipements de climatisation d’un bureau) à partir du bruit résiduel pré-existant et représentatif de l’ambiance sonore habituelle du site. Et la norme de mesure recommande de réaliser des mesures pour des vitesses de vent inférieures à 5m/sec (NF S 31 110). A Montélimar, où le vent souffle plus de 20jours par mois à plus de 12km/h, il faut bien viser pour trouver le jour adéquat ! Et oui, mais le Mistral, il est là depuis toujours….

VITESSE DU VENT A MONTELIMAR
VITESSE DU VENT A MONTELIMAR (SOURCE : HTTPS://WWW.METEOBLUE.COM)

 

Pour une création de voies (LGV ou autres) ou pour la résorption des Points Noirs du Bruit, les habitations en bordure de voies bruyantes peuvent être protégées par des écrans acoustiques et, en complément, par des travaux de renforcement de l’isolement extérieur des pièces de vie :

« Vous êtes bien gentils, mais, ici on vit les fenêtres ouvertes toute l’année ! ».

Et oui, à quoi bon renforcer les performances des fenêtres, si c’est pour les laisser ouvertes ? Et à quoi bon isoler l’intérieur, alors qu’on pourrait profiter du jardin toute l’année ?

Alors quoi ? On isole dans le Nord et, dans le Sud, on se met des bouchons dans les oreilles ?

Certes non, mais on contextualise, on adapte, on relativise…

La réglementation acoustique définit, et c’est tant mieux, des performances minimales (pour les logements, les locaux d’enseignements, les hôtels, les bâtiments de santé…), basées sur un « état de l’art » (vieux de plus de 20 ans !) et identiques pour tous les sites. Hormis l’isolation vis-à-vis de l’extérieur, qui dépend de la position du bâtiment par rapport aux infrastructures de transports bruyantes, les performances acoustiques d’un bâtiment sont toujours définies en absolu, sans prise en compte du contexte de l’opération.

Quelques normes et référentiels s’essayent à relativiser les objectifs acoustiques ; la norme NF S 31 080 pour les bureaux ou le référentiel BREEAM indiquent un niveau ambiant maximum prenant en compte les bruits extérieurs avec les bruits des équipements, mais les autres critères acoustiques (isolement entre locaux, bruits de chocs, réverbération…) sont définis sans prise en compte du contexte de l’opération. Or, l’expérience montre que l’on ne ressent pas de la même manière les bruits de pas du voisin du dessus, si ceux-ci sont noyés dans un bruit de fond provenant de la circulation extérieure ou si le logement considéré est situé du côté de la cour intérieure particulièrement calme.

Et plus encore, si on s’est disputé la veille avec ledit voisin à cause d’une voiture mal garée ou d’enfants qui jouent au ballon dans l’appartement… Le contexte, toujours le contexte…

Il serait préférable d’optimiser les isolements acoustiques d’une chambre à coucher, d’une salle de classe, d’un bureau en fonction de leur environnement : y a-t-il un niveau de bruit idéal pour se reposer, étudier, travailler, jouer de la musique ?

Le silence n’est pas toujours le meilleur objectif de confort, ou plutôt, il est souvent défini comme l’absence de sons indésirables ou de bruits désagréables. Plutôt que le silence, l’atteinte d’un équilibre entre différents bruits acceptables, utiles ou agréables peut être un objectif optimal, encore faut-il être en capacité de le définir, cet équilibre, qui dépend du ressenti de chacun, puis de le traduire en performances quantifiables et, enfin, d’assurer la mise en place de systèmes constructifs permettant de les atteindre : vaste champ d’investigations qui concernent tous les acteurs de la construction ; acousticiens, architectes, concepteurs, Maîtres d’Ouvrages, entreprises, maîtres d’œuvre et aussi utilisateurs finaux qui génèrent les bruits et les subissent… Beau défi à relever !

Et que souffle le Mistral, plus fort que le TGV !

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